Si vous ne l'aviez pas encore ressenti avec toutes les expositions à la bibliothèque du village, il souffle une rafale de création venu de St-Aimé-du-lac-des-Îles. Dimanche dernier dans ce même village, un peu plus loin à la porte 905, avait lieu sous le titre "Regard de femmes" un vernissage haut en couleur. La propriétaire de la galerie Jeanne-d'Arc Miousse et ses trois acolytes Louise Canuel, France Savoie et Solange Canac-Marquis nous conviaient à prendre part à leurs démarches en art visuel.
"Regard de femmes", c'est quatre univers de création qui émergent d'un récent certificat en art de l'UQAT. Bien au-delà de la femme, ces artistes font le pari et osent envers, contre tous et même elles-mêmes, remplir de leurs idées expressives un territoire qui s'acharne à rester blanc. Pour ces petits mondes qui oscillent entre l'abstraction et la figuration, une valse en quatre temps s'impose.
1er mouvement: les envers et les revers
Il flotte dans le haut du cadre l'étrange miroir de ce qui se passe dans le bas. Il se trouve que Mme Miousse brûle devant nos yeux ses anciennes idées de tableaux à grand coup de taches chaudes: les fenêtres des ses compositions figuratives du passé éclatent et flambent au grand vent comme les voilures des bateaux chez Turner. Inspirés par la mer de ses îles natales, les paysages abstraits parfois terrestres, parfois aériens et souvent maritimes, dévoilent les multiples revirements du travail en atelier. De loin comme de proche, rien n'est assuré, il faut se battre pour reconstruire le cosmos avec la parcelle d'un sentiment réconfortant qui nous dicte que tout reprendra sa place éventuellement.
2e mouvement: par delà les montagnes
Le vent souffle, la montagne elle, reste. Figeant des massifs entre les pigments et la cire d'abeille, France Savoie cherche à dompter les métaphores de l'immuabilité et de la résilience de l'homme face à l'adversité. La difficile technique de peinture à la cire d'abeille a le mérite de dévoiler tranquillement des trésors de texture en une douzaine de petits formats intriguants, la suite des choses promet.
3e mouvement: la faute de la roche
Louise Canuel trace ses croquis sans retenue à même la roche. À force de tourner et retourner ses morceaux de pierre dans l'espace,elle y découvre un mouvement sensuel et un effet tactile qui parle des défis formels que pose l'abstraction. Entre les textures minérales, les courbes lisses et marbrées des nouvelles pierres qu'elle découvre, ces petits morceaux de rocher nous plonge au coeur de la fumée.
4e mouvement: entre l'arbre et l'homme
Autrefois, il y avait un visage, une silhouette ou une paire d'yeux pour nous défier. Aujourd'hui, les personnages poussent en grappes, tordus comme des vignes. Sur des surfaces de tissus texturés, froissés et parfois poreux, Solange étudie les échos entre l'arbre et l'humain. Utilisant le fusain et la ligne pour définir ses formes dans l'espace, il pousse dans ses tableaux de curieuses forêts.
La Galerie des Îles au 905 chemin Tour du Lac se veut une vitrine alternative et sérieuse pour les artistes de la région. "Regard de Femmes" y restera en place jusqu'en mars. Mme Miousse vous y attend avec enthousiasme. Pour un peu plus d'aventure, un petit coup de fil au 819-597-2142 et le tour est joué.
Benoît Ricard