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Quand j’entre dans mon atelier, je me retrouve dans un monde nouveau. Un monde où le temps ne compte plus. J’enfile les vêtements de ma vie intérieure. Recouverte ainsi, tachée de peinture, je me transforme graduellement en artiste. Je me libère la tête de toutes idées préconçues pour me laisser envahir par la toile devant moi.
La musique est un élément important dans ma journée. Selon mon humeur, j’écoute tous les genres de musique. De la musique douce à de la musique pour me faire danser. Tout a sa place et son moment privilégié. Alain Lefèvre m’a inspiré très longtemps par sa musique qui me berçait régulièrement pendant plusieurs mois.
Musique choisie, vêtements adéquats, je suis donc prête à travailler. Les mêmes couleurs, jour après jour, s’alignent sur la table: jaune, bleu, rouge, brun, blanc. Avec ces cinq couleurs, sans vraiment savoir comment, je me lance à l’aventure. Un peu de ci, combiné avec un peu de ça et me voilà partie. Une tache ici, une tache là jusqu’à ce que je voie mon sujet apparaître sur la toile.
Il est très important pour moi de respecter mes réactions lorsque je travaille. Je refuse d’influencer le déploiement de mes gestes par une idée ou un désir personnel. Lorsque j’interviens trop personnellement dans ma création, le résultat devient statique et ennuyant. Le tableau est moins spontané. Je dois donc toujours agir sans trop réfléchir pour garder la vitalité dans la création. Une fois le sujet, les couleurs et le mouvement installés, là je peux me permettre de revenir à moi-même, de regarder le travail et de penser aux quelques touches finales qui peuvent venir terminer l‘œuvre. À cette étape je dois m’assurer de ne pas toucher ou changer le cœur du sujet pour garder le mouvement initial de vitalité.
Chaque nouveau tableau est une découverte. Je suis dans l’inconnu face à ce qui va naître devant moi. Avec l’expérience vient heureusement la confiance. En me laissant guider par le sujet qui prend forme graduellement je sais qu’une nouvelle vie me sourira à la fin. Maintenant la signature. Chose si simple me diriez-vous. Comment arriver à imposer une signature à une œuvre inspirée de toute pièce? Tout est inspiration, spontanéité et écoute sauf la signature. Il m’arrive très souvent de refaire ma signature deux ou trois fois avant d’être satisfaite. Où la placer pour ne pas détruire l’ensemble. Pour ne pas attirer l’œil de l’observateur vers les quelques lettres qui n’ont finalement pas leur raison d’être dans le tableau. En imposant ma signature sur l’œuvre je franchis l’étape finale, la séparation. Je lui donne en quelque sorte ma permission de partir, de voler de ses propres ailes.
Toute forme de création doit venir directement du cœur de l’artiste pour rejoindre celui de son public. Lorsque le contact se fait je sais que mon travail est réussi.
Linda Morin
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